Si les pistes du Grand Nord pouvaient parler, elles nous raconteraient comment Paul – Emile Victor, le célèbre fondateur des Expéditions Polaires Françaises arrondissait à l’atterrissage le Beechcraft qu’il pilotait lui –même en 1944, mais ce sera un Libérator LB 30 qui assurera les premiers largages de ravitaillement des Expéditions au Groenland en 1949 avec à son bord un chef navigateur d’Air France, sérieux et calme en toutes circonstances, Paul Comet, car au temps où les centrales à inertie n’existaient pas encore ,c’est lui qui met au point la navigation aérienne dans ces régions pour Air France et grâce à lui et Georges Strohm,chef pilote des lignes polaires d’Air France qui rendra les stages de navigation polaire obligatoires aux pilotes ,il n’y eut jamais de souci de navigation sur le Pôle . Il faut imaginer une nouvelle projection à la carte Mercator habituelle ,conforme mais rejetant à l’infini les régions polaires ,ce sera la projection Mercator transverse, prenant le méridien de Greenwich justement adapté à la route polaire Paris – Anchorage et son anti –méridien qui représentent l’équateur comme grand cercle de tangence de la projection .La carte, choisie en imaginant une nouvelle référence pratique le Nord Grille qui se confond avec le méridien géographique de Greenwich, devient alors facile . Il faut adapter les instruments : la boussole ou compas magnétique est inutilisable au voisinage du Pôle, c’est un gyroscope qui la remplace, il conserve la direction réglée au départ à condition de ne pas faire le tour du monde autour du Pôle en quelques minutes en inclinant l’avion, c’est arrivé et il a fallu longtemps au gyro avant de s’en remettre et le navigateur maudit le pilote en calculant les caps à l’aide du soleil pour reprendre la route ! Mais il faut également vérifier aussi fréquemment la tenue du cap ou selon les termes consacrés, compenser les indications du gyroscope le ‘Polar Path’équipé d’un petit moteur de correction horaire que l’on cale alors sur’ le Nord Grille’ l’instrument étant imparfait, on utilise alors le sextant en visant le soleil ou la lune pendant l’été, les étoiles en hiver. Mais la proximité des hautes latitudes induit une spécificité nouvelle dans les relèvements : Monsieur Jean Fournier, chef navigateur d’Air France nous explique : « Nous passions en navigation dite ‘gyro libre’ par le travers de l’ile volcanique de Jan Mayen jusqu’aux environs de Fairbanks, il nous fallait effectuer des relèvements toutes les demi-heures au soleil ou lune mais avec le ‘1649’ nous restions plusieurs heures parfois en zone crépusculaire, sans astre observable avec le soleil en dessous de l’horizon jusqu’à parfois 15 ° et nous utilisions le ‘Sky compass’ ou ‘taximètre à lumière polarisée’ pour nous donner la direction du soleil. Ce sextant périscopique était à poste sur le ‘1649’, une partie du sextant était aspirée à l’extérieur par une trappe située au milieu du poste de pilotage et ouverte le temps de l’observation. La détermination des durées de l’aube et du crépuscule était effectuée à l’aide du computer crépusculaire » Sur la photo ci - contre le taximètre à lumière polarisée est présenté dans sa boite de transport, l’oculaire sur le dessus, l’autre illustration est celle du SUPER STARLINER L 1649 ‘Marquette’ lors d’un passage à l’aéroport d’Anchorage. Sentez – vous le souffle des grands voyageurs toujours à nos côtés sur cette route polaire … ? À suivre. VP |